La transplantation d’utérus, une procédure qui il y a quelques années encore relevait de la science-fiction, est devenue une réalité pour certaines femmes. Le professeur Jean-Marc Ayoubi, gynécologue-obstétricien, a réalisé la première greffe d’utérus en France en 2019 à l’hôpital Foch de Suresnes, sur une patiente atteinte d’une agénésie de Müller (MRKH).
Des donneurs transgenres envisagés ?
Le Dr Ayoubi a été amené à envisager la possibilité de greffes d’utérus en observant des personnes transgenres se rendant à l’hôpital Foch pour retirer leur utérus dans le cadre de leur transition de femme à homme. Il a souligné l’injustice de voir des femmes souffrir de l’absence d’utérus, tandis que d’autres souhaitaient se débarrasser de cet organe. Bien que l’idée d’utiliser des hommes transgenres comme donneurs ait été initialement considérée, les autorités françaises ont discrètement suggéré de ne pas suivre cette voie.
En Belgique, l’hôpital universitaire de Gand a réalisé une transplantation d’utérus en utilisant une donneuse décédée. L’hôpital privilégie cependant les donneurs vivants, car les greffes sont plus simples logistiquement et présentent un taux de succès plus élevé, bien qu’elles soient légèrement plus risquées pour la donneuse.
À l’hôpital Foch, comme dans de nombreux autres centres, on suit un protocole strict concernant les donneuses vivantes, qui doivent être apparentées à la receveuse (famille ou amie). Les donneuses doivent avoir plus de 40 ans, avoir eu au moins deux grossesses, ne pas avoir subi de césarienne, ne pas fumer et ne pas souffrir de maladies.
Un enfant naît après une transplantation d’utérus à Gand, une première en Belgique
La patiente receveuse doit quant à elle être âgée de 25 à 40 ans et subir de nombreux examens afin de minimiser les risques et maximiser les chances de succès. L’opération elle-même est complexe, impliquant la connexion minutieuse de vaisseaux sanguins de très petit diamètre.
Une équipe dévouée
Les transplantations à l’hôpital Foch sont réalisées par une équipe de professionnels bénévoles. Pour optimiser l’utilisation du bloc opératoire, les interventions sont souvent programmées le dimanche, avec deux équipes travaillant simultanément sur le prélèvement et la transplantation. La première transplantation a duré plus de 20 heures.
Bébé né d’une mère avec un utérus greffé: «une étape» comme celle de «la greffe du coeur»
Afin de réduire le temps passé sous immunosuppresseurs, la fécondation est réalisée in vitro et l’accouchement par césarienne, ce qui permet également d’éviter les risques de rupture des cicatrices de la transplantation.
Le Dr Ayoubi souligne que le suivi psychologique est essentiel, tant pour la receveuse que pour la donneuse, et dure entre 5 et 6 ans. À ce jour, quatre patientes ont été transplantées avec succès à l’hôpital Foch. Lorsqu’une femme ne souhaite plus d’enfants, l’utérus est retiré pour éviter un traitement immunosuppresseur à vie.
Le défi des cellules souches
Le Dr Ayoubi et son équipe travaillent également sur une nouvelle approche : le développement d’utérus à partir de cellules souches d’une patiente, qui seraient cultivées sur un «échafaudage» avant d’être réimplantées. Bien que difficile, cette recherche représente une avancée prometteuse dans le domaine de la transplantation d’utérus.
Parmi les quatre transplantations réalisées, deux patientes ont déjà accouché, et des transferts d’embryons sont prévus pour les deux autres.
de cellules souches d’une patiente qui croîtrait sur un «échafaudage»
